Une habitude qui s’installe
Des causes, des coupables ?
De nombreux facteurs peuvent être invoqués ou convoqués. La crispation sociale, tangible dans tout le pays après plus d’un an et demi de crise sanitaire (confinement, couvre-feu, etc.) et de ses prolongements actuels (pass sanitaire, par exemple), se manifeste de plus en plus concrètement. Y compris d’un point de vue psychologique. L’ambiance générale et les évolutions au sein de la société touchent ainsi forcément les tribunes. La catharsis du match pour les supporters et ultras, après une si longue absence, devient davantage un exutoire collectif ou individuel. Ensuite, à force de surjouer en permanence les derbys, les matchs à enjeux, pour valoriser une Ligue 1 qui cherche à se vendre plus et mieux après le naufrage Mediapro, peut-on s’étonner que celles et ceux qui considèrent ce type de rencontre comme exceptionnelle depuis toujours prennent finalement les choses au sérieux, trop au sérieux, au point de franchir « la ligne rouge » mentionnée après Nice-Marseille par Roxana Maracineanu ? Enfin, prend-on vraiment en amont les dispositions nécessaires, au vu de ce contexte particulier, au sein des clubs et des services de maintien de l’ordre ? Chaque journée semble déjà promise à ce type de situation. Que se passera-t-il lors de PSG-OM ? Lors de Lyon-ASSE ? Cette problématique dépasse largement la question du hooliganisme stricto sensu et pose derechef le rôle de la DNLH (Division nationale de lutte contre le hooliganisme).
La commission de discipline pourra se réunir autant qu’elle le souhaite, ménager la chèvre et le chou, enlever des points, imposer des huis clos, le remède ne réside pas dans la peur des sanctions. Les supporters prêts à en découdre, que ce soit sur un coup de tête ou de sang, comme l’avait expliqué un fan niçois après Nice-OM, ou tout simplement par envie d’exister après un si long silence contraint, ne s’arrêteront pas devant pareille menace brandie « d’en haut » . La dernière leçon que l’on peut en tirer s’avère finalement la plus profonde. Si par le passé, chaque saison a eu son lot d’envahissements de terrain souvent joyeux et parfois violents (rappelons le cas des Lillois de mars 2018 qui s’en étaient pris à leur propres joueurs par exemple), désormais, la sacralisation du rectangle vert, qui rendait le sacrilège si symbolique, semble avoir perdu de sa superbe et de son rôle totémique. Le pire dans tout ça, c’est que personne ne semble détenir le secret de la solution miracle. Car cela va bien au-delà du foot.
Par Nicolas Kssis-Martov
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