Une anomalie française
Et les candidats français dans tout ça ? Il n’est plus question de la snober ouvertement depuis une petite dizaine d’années, ce qui est déjà une petite victoire et une évolution positive dans les mentalités. Moins de plaintes, moins d’excuses, moins de turnover et une réelle volonté de remporter des matchs le jeudi soir. « C’est important pour moi, confirmait Jorge Sampaoli à la veille de Lokomotiv Moscou-OM. On va jouer contre des équipes différentes que l’on n’a pas l’habitude d’affronter, ce sera important pour ce groupe, pour le rayonnement du club. » À Marseille, personne n’a oublié les émotions provoquées par l’épopée de 2018, malgré la défaite en finale contre l’Atlético de Madrid, tout simplement plus fort.
Lyon, Monaco et Marseille en locomotives ?
Il serait finalement présomptueux de penser que les derniers échecs des représentants de l’Hexagone en Ligue Europa s’expliquent par un manque d’envie ou une forme de mépris pour le tournoi. Quand un club français ne tombait pas contre plus fort (Rennes contre Arsenal en 2019 ; Lille face à l’Ajax la saison dernière ; Saint-Étienne contre Manchester United en 2016), il se ridiculisait en raison de ses lacunes techniques et tactiques (Nice, Rennes, Marseille, Bordeaux) face à des formations moins clinquantes, mais aussi parfois sous-estimées. Cette saison, l’OM, l’OL et Monaco, habitués aux joutes européennes, ont le droit de viser les étoiles, armés de quelques certitudes. « C’est super d’être là, s’est réjoui Peter Bosz, finaliste de la compétition avec l’Ajax en 2017. On veut jouer deux fois par semaine, je suis heureux. Notre ambition, c’est de gagner tous les matchs. Il faut gagner et bien jouer. » Plus au sud, Valentin Rongier a dit « rêver d’emmener l’OM en finale » , une phrase qui aurait sans doute été taboue quelques années plus tôt. De son côté, Monaco, dont la stratégie de stabilité pourrait s’avérer utile, devra entretenir sa tradition de succès européens.
Reste que les trois clubs n’ont pas connu le même début de saison et s’en sont tirés avec des fortunes diverses au tirage. Demi-finaliste contre l’Ajax de… Bosz en 2017, l’OL semble être le mieux loti avec les Rangers, Brøndby et le Sparta Prague, quand l’OM et Monaco ont hérité de quelques clients (Lokomotiv Moscou, Galatasaray et la Lazio pour le premier ; Real Sociedad, PSV Eindhoven et Sturm Graz pour le second). Mais puisqu’il est toujours question d’argent dans le monde du ballon rond, il n’est pas inimaginable de présenter Lyon, Monaco et Marseille, dont les budgets respectifs dépassent les 200 millions d’euros, comme des candidats potentiels au dernier carré, voire à la victoire finale. La Ligue des champions étant logiquement réservée au Paris Saint-Germain, seule écurie du championnat de France capable de rivaliser avec les mastodontes européens, il serait agréable de voir les autres locomotives de Ligue 1 faire de la Ligue Europa une compétition où les inégalités sont moins importantes, un objectif saison après saison afin qu’un huitième de finale ne soit plus une performance exceptionnelle.
Par Clément Gavard
Commentaires